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LA VOIX DU KAIZEN 2

Invitation à écouter un épisode du podcast « La voix du Kaizen » avec Alexandre Sattler (Gaïa Images) et Marine Locatelli, réalisatrice de Green Teens. Interview présente sur Spotify depuis février 2022 :  https://www.podcastics.com/podcast/episode/green-teens-mise-en-lumiere-de-lecole-alternative-80314/ Changer le monde pas à pas. « J’ai grandi 20 ans en montagne. J’ai toujours emmené mes enfants dans la nature : marcher, partir en vélo, observer, contempler, s’asseoir, courir, jouer… mes filles ont pu expérimenter des classes Montessori basées sur l’expérience lorsqu’elles étaient petites avant de rejoindre le système plus classique de l’éducation. J’ai observé peu à peu que ce système ne nous convenait pas parce que les enfants sont trop enfermés. Quand tu observes tes enfants grandir, tu te poses mille et une questions : qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ? Qu’est-ce qui est juste ? Qu’est-ce que j’ai envie de raconter comme histoires ?  Etre parents, être passeurs de belles histoires, être des passeurs de vie, vers la nature. Quand tu observes les enfants, toujours dans le jeu, ce jeu magique et spontané, tu as envie que cette spontanéité ne s’efface pas, qu’elle soit nourrie en grandissant, et que ce regard de curiosité, cette vivacité d’explorateur soient toujours présents. Prendre son temps avec nos enfants, leur apprendre à être l’écoute d’eux-mêmes, de leurs émotions, de leur ressenti dans le corps, leur permettre de s’exprimer, vivre les expériences et s’émerveiller. L’éducation a besoin d’être expérientielle, on a besoin d’être des explorateurs, or nos enfants dans le système classique suivent ce que l’enseignant dit dans un système figé et dépassé. Alexandre : « Comment as-tu dessiné ce projet GREEN TEENS ? » Marine : « Je voudrais te confier quelque chose, mes filles ont très souvent été absentes à l’école, au collège et au lycée. Tu imagines que ce n’est pas très bien vu. Mais elles travaillaient bien. Les heures d’absences de Laurena en première, c’était une catastrophe ! Tu ajoutes le programme et les absences des enseignants, et il n’y a plus rien à ajouter. Mes filles ont presque cinq ans d’écart. En sixième, Florane s’ennuyait tout le temps et n’avait pas assez de temps pour dessiner et écrire. Et elle avait vraiment besoin de temps pour elle. En observant cette situation, je me suis dit « non, ce n’est plus possible ! », ça ne pouvait plus continuer comme ça. Les dons de Florane allaient s’effacer, elle ne pourrait pas les nourrir. Et j’ai commencé à écrire ce projet. J’étais déjà engagée dans le mouvement du Printemps de l’Education auprès d’Antonella Verdiani. Je voyais bien ce qui se déroulait ailleurs. Comment éduquer nos enfants autrement ? J’ai cherché des lieux pour adolescents où ils pouvaient grandir libres. Pour les petits, tu trouves toujours des lieux, mais pour les plus grands, il y a si peu. J’ai fait des choix sur différents continents. Tous ces lieux ont été créés par des femmes. Tous les enseignants formidables de ces structures, femmes ou hommes, sont vraiment connectés à la nature. Ils transmettent des valeurs essentielles à nos enfants et les accompagnent pour mieux se connaître. Ce qui est important aussi dans tous ces lieux, c’est que la paix est très présente. Elle est enseignée aux enfants et aux adolescents, qui sont des gardiens de la paix à la Escuela Agroecológica du Chili. Il y a une éducation mutuelle très présente, où on prend soin les uns des autres. A la Escuela, ils ont quatre ans à vivre au sein de cette communauté pour faire grandir cette flamme de paix, leurs engagements pour eux-mêmes, leurs familles, pour la Terre. Connaître les plantes médicinales, c’est incroyable comme ils les connaissent bien. C’est vraiment touchant de les voir grandir comme ça. La Escuela du Chili va développer aussi un programme pour les 11/13 ans, cela leur permettra de grandir deux ans de plus dans ce lieu unique. De nombreux enseignants viennent aussi se former à la Escuela Agroecológica, notamment les trentenaires et les moins de trente ans qui voient que le système est à bout de souffle. Il est nécessaire d’enseigner différemment aux enfants. La Escuela est un lycée publique d’état ouvert en 1991, sa fondation est sponsorisée par des sociétés privées. Les enseignants viennent se former gratuitement. Au départ, quand tu quittes le monde connu pour aller vers ce grand inconnu, il y a un temps de pause. Pour Laurena, ma fille aînée, il lui a fallu deux semaines avant de pouvoir intégrer la classe où on l’attendait. Elle avait besoin d’observer de l’extérieur comment ça marche, qu’est-ce qui se passe, elle avait besoin d’un temps d’adaptation. Florane était inquiète, mais elle a plongé plus vite. Elle aimait beaucoup aller en sport avec eux car elle est très physique. Ils ont un très beau mur d’escalade sur lequel elle aimait bien grimper. Et elle aimait surtout rejoindre l’atelier de céramique où elle pouvait créer tout ce qu’elle souhaitait. Pour Laurena, une fois qu’elle est entrée dans sa classe, elle était ravie de toutes ses nouvelles rencontres et de l’accueil qu’elle a reçu. Elle a perçu les adolescents comme très attentionnés. Et il y avait beaucoup de joie dans ces différentes classes. Pour le tournage, nous n’avons pas suivi un scénario classique, même si j’avais écrit le projet. On s’est laissé porter par les rencontres et ce qui se déroulait dans les différents lieux. J’ai vraiment tissé le scénario après le tournage, afin de réécrire à la fois un long métrage documentaire et fictionné. Nous avons beaucoup aimé filmer les duos adolescents/enseignants que j’ai imaginés au Chili, ce que chacun s’était apporté mutuellement. Les enseignants sont très chaleureux pour leurs élèves qu’ils embrassent, avec lesquels ils jouent au foot ou au baby-foot. L’atmosphère est vraiment ressourçante, joyeuse, bienveillante. J’ai souhaité un ton particulier, avec les voix off des deux exploratrices qui ont joué le jeu avec leur personnalité respective. Cette narration singulière emmène le public en voyage, vers des terres d’éducation généreuses. On suit la progression, la métamorphose et la relation des deux soeurs jusqu’au bac, le fil rouge de notre récit. Car il y a toujours cette question en supend : Laurena sera-t-elle prête pour se présenter aux épreuves du bac en apprenant d’une façon si différente et vivante ? Et comment grandit Florane de l’enfance vers l’adolescence, elle si réservée et créative, dont les aquarelles tissent des moments d’intimité en révélant ses états d’âmes, jeu de miroir avec la réalité. » Alexandre : « Quelle est l’école de tes rêves Marine ? » Marine : « Je rêve d’une école où les enfants peuvent grandir en étant connectés à la nature, bien reliés à leurs racines, où le corps va avoir une place primordiale, où tu pourras danser, méditer, faire du théâtre, t’exprimer, oser, être inventeur, explorateur. En fonction de tes dons et tes qualités, qu’elles soient nourries et qu’elles puissent grandir au contact avec les autres, que les enseignants soient des accompagnants formés d’une autre façon, qu’on offre aux enseignants un autre cadre de formation, qu’ils soient beaucoup plus libres… et que notre système éducatif soit tourné vers l’empathie, l’altruisme… et prendre soin de soi, des autres et de la planète » 19 mai 2022  
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LA VOIX DU KAIZEN

Invitation à écouter un épisode du podcast « La voix du Kaizen » avec Alexandre Sattler (Gaïa Images) et Laurena des Green Teens. Interview présente sur Spotify depuis février 2022, enregistrée en avril 2017 dans les locaux de Voyageurs du monde à Paris : https://www.podcastics.com/podcast/episode/green-teens-mise-en-lumiere-de-lecole-alternative-80315/ « A la Escuela agroecológica du Chili, les élèves sont plus heureux qu’en France. Ils arrivent avec le sourire le matin. » Pendant les dix premières minutes, Laurena répond aux questions d’Alexandre autour du bac et de son travail scolaire avec le CNED, qu’elle ne connaissait pas avant de s’y inscrire pour son année de terminale. Ce qu’elle a apprécié du CNED, pouvoir organiser son emploi du temps à la carte. Avoir plus de temps pour elle. Parce qu’au Chili, elle était en cours toute la journée avec les élèves, souvent les mains dans la terre. Aussi, elle n’avait pas de temps à consacrer à ses cours du bac pendant deux mois. Les dix minutes suivantes concernent la vie quotidienne, les apprentissages et les nouvelles compétences développées à la Escuela agroecológica du Chili, tout ce que Laurena a expérimenté dans la classe qui l’a accueillie. Alexandre : « quelle école aimerais-tu pour tes enfants plus tard ? » Laurena : « une école ouverte sur les autres, sur le monde, où l’enfant expérimente avec des animaux, des plantes, dans la nature. Apprendre des langues aussi et des bases de maths et d’autres matières. Une école où on se sent heureux. » Venez découvrir le film sur vimeo : https://vimeo.com/ondemand/greenteens      
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RESPIRER LIBREMENT

L'écrivain Haruki Murakami imagine « des espaces où les individus pourraient s’épanouir et respirer librement », des « abris de rétablissement individuel ». Dans son essai « Profession romancier » (2015), Haruki Murakami évoque ses souvenirs d’école, une époque où « il existait un espace susceptible d’absorber les conflits entre les individus et le système. » Des trouées et des interstices permettaient de se réfugier quand on était en difficulté. Or, l’absence de refuges aujourd’hui demande de créer des espaces dans lesquelles nous pourrons nourrir de nouvelles approches. Selon lui, les enfants et les adolescents ont besoin d’espaces refuges, « dans un libre va-et-vient entre individus et système. Des espaces où les individus pourraient s’épanouir et respirer librement. Loin du système bureaucratique, de la hiérarchie, de l’efficacité toute puissante, du harcèlement. Des sortes d’abris temporaires, chauds et accueillants, dans lesquels on pourrait entrer et sortir en toute liberté. Où individus et communauté se rencontreraient en dehors de toutes contraintes. Où serait laissée à l’appréciation de chacun la position qu’il occuperait. Ces espaces, j’aimerais les désigner comme « des abris de rétablissement individuel ». Ces espaces offriraient des contenus appropriés et permettraient aux jeunes, de plus en plus nombreux à être inadaptés au système scolaire actuel, de développer leurs potentialités, à leur rythme. Evidemment, sans ingérence d’un Ministère de la Culture ou de l’Education pour rester libres d’expérimenter ! Je me sens proche des propos de Murakami, et le voilà en compagnie d’enseignants Montessori, Freinet ou Steiner, de chercheurs en pédagogie alternative, sur les chemins d’écoles démocratiques qui s'épanouissent dans notre paysage éducatif en Europe (EUDEC France). Parce que nos enfants et adolescents ont subi pendant deux ans les injonctions délirantes du Covidmania (sous « l’Etat d’Hypnomania et Somnambula », texte à venir), il est essentiel d’imaginer des espaces de vie où venir se réconforter, grandir et développer sa force intérieure, ses forces de caractère (Martin Seligman), sa pleine présence (Daniel Siegel, « Brainstorm » « The whole brain child »), sa spiritualité, ses compétences psychosociales (émotionnelles, sociales et cognitives). Nos enfants, nos ados, nos étudiants peuvent être accompagnés à s’aimer grâce aux outils de l’auto-compassion de la chercheuse américaine Kristin Neff (Université d’Austin) que celle-ci transmet dans ses programmes à l’université d’Austin (« S’aimer », Belfond). Sans la grande santé de Nietzsche qu’évoque si souvent le philosophe Alexandre Jollien, il est difficile de vivre en harmonie avec soi-même. Prendre soin de la santé de l’âme est un ressourcement auquel se relier au gré de toute la vie. En tant que parents et adultes compassionnés, c’est à nous d’imaginer et d’inventer des lieux porteurs d’élans d’espoir pour nos enfants et nos ados, comme vous pourrez les découvrir dans GREEN TEENS. Le domaine de l’éducation me concerne depuis bien longtemps car nous avons tous eu des blessures que nous avons pu soigner, en fonction de notre histoire personnelle. En prenant du recul, ma sensibilité créative exprimée à travers la danse, la musique et l’écriture, m’a permis d’apaiser des moments difficiles parce que nous ne répondions pas aux demandes du cadre, qui imposait toujours efficacité et résultats (évaluations, notes, compétition, entraînant jalousie et menaces). Qu’on soit bon ou mauvais élève dans le système, nous souffrons tous à un moment donné pour nous-mêmes ou pour les autres. La pression est forte. La réforme du Ministre de l’Education Nationale  Mr Blanquer et son bac à tiroirs avec des spécialités inadaptées, est un vaste bazar dans lequel les élèves sont perdus et choisissent sans savoir. En relisant « La déconstruction nationale » du Professeur de philosophie René Chiche, en particulier le chapitre 7 sur la classe de philosophie, on peut remarquer que tout a été piétiné depuis des années. La philosophie a été sacrifiée pour les matières scientifiques et le monde robotisé, la high tech et Big Data. Comment les élèves pourront-ils sortir de la caverne de Platon avec un esprit éclairé et lucide, capables d’appréhender le monde dans lequel ils évoluent ? Spinoza mériterait d’être là, à distiller sa philosophie de la joie et du bonheur. Cela adoucirait le quotidien des lycéens. GREEN TEENS transmet de profondes valeurs d’entraide, d’éducation mutuelle et de coopération. Ce sont elles qui portent notre humanité. L’individualisme et sa cohorte d’intérêts personnels mènent nos sociétés à faire payer à l’autre les choix de nos faux pas, de mauvaises décisions, de politiques corrompues et d’injustices inacceptables. A travers ce long métrage, vous ressentirez peut-être le souhait de développer un projet inattendu pour vous quelques mois auparavant. Puisse ce film être un déclic révélateur pour des jeunes, des parents ou de futurs parents, des enseignants, des personnes d’univers variés, d’ouvrir la voie à de nouveaux horizons, en apprivoisant la peur. Avec confiance malgré les remous, et curiosité aussi. Cette merveilleuse curiosité des enfants que nous pouvons nourrir encore et encore en leur compagnie et qui illumine nos âmes. Marine Locatelli, samedi 9 avril 2022  
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HORIZON LIBERTE

Nous avons besoin de tisser liens et relations sincères avec les autres pour s’accompagner, s’entraider, créer ensemble ce que nous ne pourrions accomplir seul.  Développer et aboutir un projet avec les compétences respectives des uns et des autres, cela nous permet de grandir ensemble, de réaliser que nous nous construisons grâce aux autres. J’ai réécouté un enregistrement d’Albert Jacquard de 1994, conservé dans les archives de l’INA. Au cours de cette conversation, Albert Jacquard raconte : « le pire, c’est d’avoir fait des écoles où on est en compétition les uns contre les autres ». Que peut-il advenir d’une telle société et de son diktat compétition ? On dresse les personnes les unes contre les autres, on leur apprend à devenir des tueurs « moi d’abord ! », à se détruire les uns par les autres. Et dans les grandes écoles, on sélectionne toujours les plus conformes. Albert Jacquard poursuit par « plus on est conformiste, plus on est dangereux. Et on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux. » Le réalisateur Albert Dupontel cite de son côté le neurobiologiste Henri Laborit : « l’intelligence se fout de la compétition. »  Lors du tournage en Inde de Green Teens, sans avoir lu Albert Jacquard, Laurena développe un sujet sur l’éducation, un enregistrement en espagnol pour une évaluation destinée au CNED.  Et elle reprend des mots similaires à ceux d’Albert Jacquard car elle a observé une situation identique : « dans nos écoles, j’entends seulement « ma réussite », « détruire l’autre pour prendre sa place », « je veux les meilleures notes », ce n’est pas possible de continuer comme ça. Le système éducatif n’a jamais changé. Les enfants méritent tellement mieux. »  Poursuivons avec ce que nous vivons maintenant dans la crise sanitaire, une crise d’ordre sociétale, économique et politique. « Préparer de futurs médecins en leur donnant une mentalité de tueurs, il y a quelque chose de pourri là-dedans. » (Albert Jacquard) Or, que remarquez-vous aujourd’hui dans la crise que nous traversons ? Combien de médecins se révèlent de bons médecins auprès de leurs patients en prescrivant des traitements nécessaires qui ont été interdits ? Combien d’autres participent au diktat du gouvernement et de notre ministère de la santé ?  Vidéo « Demain dépend de nous », avec Albert Jacquard : http://https://www.youtube.com/watch?v=LixYbK621QU Nous vivons une période cruciale. Que vivent nos enfants et nos adolescents au quotidien ? Combien sont ceux qui se sentent libres et courageux ? Combien sont-ils à remettre en question le discours officiel qui tourne en boucle à l’école, à la maison, dans la rue ? L’inacceptable devient une norme acceptable, finalement acceptée. Combien se plient à cette norme inacceptable par peur, par culpabilité de ne pas faire comme les autres, de ne pas être intégrés dans le groupe de « la nouvelle normalité » ? Après tout, pour conserver leurs libertés, certains sont prêts à tout signer en fermant les yeux, prêts à attaquer ceux qui ne voudront pas se plier à l’inacceptable. Les résistants sont déjà traités de « contaminateurs », de coupables, de complotistes, de dérangés mentaux aussi. Les manifestants du samedi sont traités d'irresponsables, de citoyens dangereux alors qu'avant tout ce sont des citoyens bien réveillés, chercheurs de vérités, conscients et lucides sur la situation actuelle.  Enfermés, masqués, piqués… demain sous le joug de mesures toujours plus coercitives, du contrôle social ? Cela rappelle d’autres heures sombres que nous ne pouvons oublier tant la souffrance et l’horreur furent insoutenables. Simplement, l’Histoire se répète en élaborant des scénarios différents, en créant un narratif comme celui d’une série TV avec la structure dramatique de tous ses épisodes, l’objectif est toujours le même : asservir, soumettre, détruire celui qui pense différemment, qui cherche et use de son esprit critique, maintenir en esclavage la population. Mieux bridée, elle sera consentante. Je mets l’accent sur ce mot « consentante », dont la racine latine signifie « cum » avec et « sentire », sentir, penser. Si nous n’observons pas attentivement la situation présente, si nous n’analysons pas les faits et ce qui se joue pour penser par nous-même, sentir le danger, nous perdons notre volonté intrinsèque. Qu’en sera-t-il du sens de notre vie ? Souvenons-nous du proverbe « qui ne dit mot consent » parfaitement d’actualité. Quand nous gardons le silence, sans objection, nous fermons la porte à la remise en question et à l’agir pour aller vers un changement nécessaire et parfois urgent.  Je refuse de vivre dans « un pays qui se tient sage » (film de David Dufresne, 2020, distributeur Jour2Fête) comme je refuse qu’on apprenne à un enfant de se tenir sage, de se taire et de se conformer, de se résigner et accepter tout ce qu’on lui dit de faire, de penser, sans élever la voix et le remettre en question, sans se questionner sur le sens de ce qui est juste ou pas. Enfants et adolescents n’ont aucun besoin d’un grand frère comme « Big Brother ». Nous non plus. Nos libertés ont des ailes qu’aucun puissant n’a le droit de nous couper pour assouvir sa soif vorace de pouvoir et ses intérêts économiques d’ogre.  Marine Locatelli    « Demain dépend de nous » Albert Jacquard (Sciences et Croyances, texte suivi de Demain dépend de nous, avec Jacques Lacarrière, Albin Michel 1999) « L’inhibition de l’action », « Eloge de la fuite », « Dieu ne joue pas aux dés », Henri Laborit  « Adieu les cons », dernier long métrage d’Albert Dupontel, à voir ou revoir, après sa première diffusion cinéma stoppée avec le confinement « Episode 2 » en octobre 2020.  « Propaganda, la fabrique du consentement », docu Arte 2018 : https://www.dailymotion.com/video/x6kqf6i   Goéland, crique du Var en Méditerranée, photo de Florane (juillet 2021).     
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L'horizon de Green Teens est vaste, ouvert sur de nouveaux possibles de par le monde, pour une éducation connectée à la nature, où chacun est libre de grandir en cultivant ses qualités, une pensée vive, curieuse, non conformiste, un esprit critique incisif. Enfants et adolescents ont besoin de reliance à l'essentiel, à la nature, aux éléments, aux autres. Apprendre à se connaître, tracer des chemins réjouissants et décider de s'engager à vivre avec courage dans ce présent chahuté. Parents, nous sommes là pour accompagner leurs élans et tous les changements qui en découlent. Invitation à lire avec vos ados des chapitres d'Eloge de la fuite d'Henri Laborit, 1976 (Folio Essais) : « … dans la majorité des cas les parents jugent à l’avance, en adultes qui savent ce qu’est la vie, ce qui doit être enseigné à l’enfant pour qu’il ait le plus de chances possible, plus tard, de trouver le bonheur. Ils savent ou croient savoir, que le bonheur est fonction du niveau atteint dans l’échelle hiérarchique, qu’il dépend de la promotion sociale. L’enfant entre donc très tôt dans la compétition. Il doit être le premier en classe, bon élève, faire ses devoirs, apprendre des leçons qui déboucheront plus ou moins tôt sur un acquis professionnel. »  
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C'EST MAINTENANT !

Quelques semaines de silence. J’ai poursuivi l’écriture d’un livre pour jeunes ados maintenant terminé, relié au long métrage documentaire Green Teens et à sa première partie tournée à la Escuela Agroecológica au Chili.  Il est temps de partager avec vous les nouvelles de notre film au cours de cette période particulière où la culture est malmenée comme nos libertés censurées. L’étalonnage s’est achevé en Allemagne avec Cocktailfilms que je remercie sincèrement pour la qualité de leur travail. Luis Engels, en collaboration avec notre chef-op Thor Kunisch, a pris soin d’étalonner chaque plan : une étape décisive pour le choix de la température des couleurs, le jeu des lumières, des ombres et des contrastes. Depuis mi-avril, Green Teens entièrement sous-titré en français pour les parties internationales (Chili, Californie et Inde) s’envole vers festivals et distributeurs. Et nous préparons les sous-titrages anglais pour la version internationale afin qu’elle soit achevée en juin. Nous avons déjà reçu quelques retours positifs, mais les sélections sont difficiles, d’autant plus avec l’arrêt des diffusions cinématographiques depuis octobre 2020. De nombreux films sont en attente d’être présentés sur grand écran. Puissent les festivals ouvrir de beaux horizons à Green Teens, une pépite de joie.  Ses émotions positives feront du bien aux enfants, aux ados et à leurs familles. Nous cultivons espoir, engagement et liberté.  Je reviendrai vers vous avec d'autres bonnes nouvelles. Je vous souhaite une magnifique première semaine de mai. Souvenez-vous, en mai, il est bon de faire ce qui vous plaît.  Marine Locatelli  4 mai 2021   Synopsis Au lieu d’être en terminale L et en 5e, Laurena et Florane partent explorer comment apprendre autrement, développer son potentiel, être soi-même. Destination Chili, Californie, Inde et France à la découverte de lieux d’apprentissages en pleine nature pour adolescents qui partagent une vision commune : respecter la vie, la Terre, cultiver la bienveillance, être dans l’énergie du Cœur. Comment se présenter au bac après une telle enquête ? En parallèle, Laurena reste en lien par skype avec Théo, un ami resté en France qui se prépare lui aussi au bac. Ensemble, ils échangent sur ce qu’ils vivent. Green Teens nous emmène à la découverte de structures éducatives tournées vers la connaissance de soi, la relation à l’autre, le lien à la nature et au vivant. Exploration de lieux de vie pensés pour que l’être en devenir puisse être acteur de sa propre éducation et pleinement auteur de sa vie. Une question essentielle revient pour Laurena : comment se préparer au bac tout en allant à la rencontre de celles et ceux qui apprennent d’une façon si différente et vivante. Et comment grandit Florane de l'enfance vers l'adolescence, elle si réservée et créative, dont les aquarelles tissent des moments d'intimité en révélant ses émotions, jeu de miroir avec la réalité documentaire.   Je vous invite aussi à relire le 2e article de notre blog, toujours d'actualité avec ce que vivent les enfants, les adolescents et les étudiants au cours de cette année scolaire difficile : https://www.green-teens.org/blog/la-revolution-du-silence   Légende des trois photos :  - Une partie de la tribu d'ados de la Escuela Agroecológica que vous retrouverez dans le film aux côtés de Laurena : Lurdes, Zaïra, Diego,  Cristobal, Vicente, Maxi. - Avec Thor Kunisch, directeur de la photo de Green Teens. Notre équipe créative est une collaboration fructueuse. Je le remercie avec coeur pour son conseil artistique. Photo prise par notre greenteener Laurena près du Cajón del Maipo, où nous avons tourné une séquence présente dans le film. Le Cajón se situe à une heure et demie de Pirque et de la Escuela Agroecológica. - Un petit groupe de la classe de Florane pendant un atelier en extérieur, au second plan la majestueuse Cordillère des Andes, vers qui les regards se tournent à chaque réveil avec le lever de soleil à l'ouest dans l'hémisphère sud. 
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LIBERTE POUR L'IEF

Défendre l'Instruction En Famille, le droit à l'IEF, c'est défendre un droit fondamental des parents, issu de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la liberté d'éducation comme un droit citoyen inaliénable. "Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants." Art.26.3 de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen. J'ai initié avec conviction deux vidéos pour la fédération Felicia. Des témoignages enthousiasmants à écouter. Parole donnée à des jeunes qui ont grandi en IEF, à des parents et professionnels de l'éducation. C'est Nora 18 ans, après 10 ans en IEF, qui se confie la 1ère : "Choisir son instruction est une liberté fondamentale". Chaque enfant peut avoir besoin de l'IEF dans son parcours scolaire quand ce n'est pas un choix de vie.  Dans la 2e vidéo, la réalisatrice Clara Bellar du film "Etre et Devenir" témoigne aussi : "dans tous les régimes totalitaires, la liberté d'apprentissage a toujours été perçue comme une menace."  Montage Johanna Cristol. Musique dimatismusic, compositeur de 22 ans, Panama. Marine Locatelli  http://www.youtube.com/watch?v=cyuQ1w4E5Pw http://www.youtube.com/watch?v=uA4mUcRF2GY https://federation-felicia.org/   Invitation à écouter "Nos enfants", une chanson magnifique de Sasha Bogdanoff Notre gouvernement fait fausse route. Il est grand temps qu'il écoute la sagesse des familles engagées pour la liberté d'instruction de leurs enfants. http://www.youtube.com/watch?v=eg_0Mwl83aI   17 décembre 2020 Le projet de loi pour interdire l'IEF a été présenté en Conseil des Ministres le 9 décembre 2020.
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SENTIER TRESOR

Sentier secret. Sentier d’enfance. Sentier d’été. En partance… Juste un sentier en forêt, comme des retrouvailles tant attendues. Toujours revenir, se ressourcer au creux du cœur de Nature. Plus près du ciel, plus près de la terre. Laisser nos pas être portés par la force et la lumière pénétrante de Nature. Un souffle, celui des plateaux fleuris des sommets, des crêtes fières des montagnes. Comme un appel à respirer pleinement, en compagnie de tous les insectes qui vrombissent avec leurs petites ailes déployées. Remue-ménage, ça vole en tous sens, ça trépigne et ça pique. Remue-ménage, ça s’arrête seulement à la nuit tombée quand les animaux nocturnes retrouvent leur vaste décor en lui donnant vie avec leurs cris parfois inquiétants. En sortant du sous-bois de sapins et de feuillus, le sentier dévoile l’horizon déployé comme une carte géante sur les crêtes de Villard de Lans. Et si on jouait ? Une chasse au trésor ?! Vous aimez les énigmes cachées dans la nature ?   J’ai un souvenir heureux d’une chasse au trésor en pleine forêt pour mon anniversaire quand j’étais en 6e . Je l’avais préparée avec une joie malicieuse pour mes amis venus de différents villages du plateau du Vercors. On avait couru comme des folles et des fous dans la forêt, en retrouvant les indices que j'avais semés le matin. Nous étions libres de vivre pleinement cette journée… sans surveillance. Cela laisse des traces d’une grande force en nous. Des traces de confiance. On se sentait tout puissants auprès des arbres. Tout puissants d’être présents à la vie qui bouillonnait en nous… comme l’eau d’un torrent frais, joyeux de s’écouler en jouant avec le courant. Libre. Un avion s’est soudain envolé de la lune à trois quart pleine, bien découpée dans le bleu du ciel. Elle s’élève juste au-dessus de la ligne des sapins, si proche de nous. Plus facile de décoller de la lune que de la terre dans ce temps présent. Un jeu de lignes tracées dans l’azur.  Se prendre au jeu de jouer avec son imaginaire. Un bruissement. Un parfum fruité et attirant de longues fleurs sauvages étirées dans l’air, ouvertes en ombrelles. Les papillons gourmands de nectar ne résistent pas aux valérianes. Epilobes fuschia et grandes gentianes jaunes desséchées bordent le sentier dans un recueillement silencieux. Nous les croisons en laissant nos mains les effleurer... peut-être pour garder leur parfum au creux de nos poignets. Le bal des fleurs est d’une sensualité délicate. Et leurs soupirs au vent restent secrets pour nous. En leur compagnie, nous ressentons davantage la beauté de toute vie éphémère. La marche est une amie merveilleuse.   Plateau de Nave, Autrans en Vercors. Un Trésor à préserver. Souvenir Août 2020. Marine Locatelli       
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Paris. Postproduction pour Green Teens. Lundi 15 et mardi 16 juin, voix off enregistrées au studio Capson avec Vianney Aube. Laurena et Florane ont joué ces voix off joyeuses et émouvantes devant le micro, un casque sur la tête. Un entraînement de trois semaines les a réunies presque chaque jour afin de se soutenir et d’être confiantes pour cette expérience inhabituelle. Puis le mixage s’est enchaîné. Le pré-étalonnage se poursuit au cours de la semaine du 22 juin. L'étalonnage se poursuivra à l'automne 2020. Etape suivante : signer avec un distributeur France et un distributeur international en 2021. Patience. Et nous pourrons découvrir Green Teens ensemble. Flash-Back du printemps. Mardi 9 juin. La porte de la chambre de Laurena s’est ouverte à 13.15 dans un souffle de soulagement. 4 heures d’examen via internet s’étaient écoulées. Qui aurait imaginé en mars que les examens de nombreux étudiants se dérouleraient ainsi ou seraient annulés comme celui du bac ?              Laurena est arrivée de Suisse le dimanche 15 mars en pensant rentrer un mois plus tard dans son école de management hôtelier Vatel à Martigny, dont les cours n’ont pas repris. Déception et tristesse. Comme elle, presque tous ses amis sont restés dans leurs familles. Ils ont travaillé à distance sans leurs ateliers de pratiques organisés tous les quinze jours à l’école. Je n’oublierai pas les arbres en fleurs apaisants du printemps 2020, notre petit brugnonier aux pétales roses en Provence. Ce jeune arbre a accueilli Laurena avec la tendresse de ses couleurs et de ses branches fragiles. Et sur le chemin de la Simone à l’orée de la forêt, un merisier blanc neige nous saluait à chacun de nos passages à la fin du jour, comme un ami.     Les fleurs roses d'un jeune brugnonier s'offrent au regard comme une invitation délicate, fleurs fraîcheur éphémères, émouvantes. Une boule de plumes s'ébat dans un bain de pâquerettes, bonheur ! Une traînée de rose lumineuse dans les lambeaux des nuages. La vision des cerisiers du Japon. Une pluie de pétales roses. Marcher sur la pointe des pieds dans cette tendresse, lentement. Et porter comme une offrande nos sourires, nos larmes à ces pétales qui s'effaceront sans laisser de traces. La beauté de la nature m'émeut par sa beauté infinie, si fragile... comme nous (instagram 17 mars 2020).     Vendredi 12 juin, le groupe de travail de Laurena sous sa supervision, constitué de deux étudiantes et d’un étudiant a présenté un projet Capstone en visioconférence, une création de restaurant pour laquelle ils ont travaillé toute l’année avec conviction : business plan, gestion, marketing, RH... un dossier complet, très apprécié du jury. Ces grands ados auraient aimé se retrouver et présenter de vive voix leurs différents projets devant leurs professeurs. Ils se sont adaptés à la situation présente, même si elle était inconfortable. Puissent-ils tous être réunis début septembre dans leur école pour célébrer heureux la remise de leur bachelor… Laurena a déjà expérimenté une année particulière avec celle du bac, sans être au lycée pour explorer une éducation connectée à la nature dans le long métrage - docu-fiction Green Teens. Elle avait réussi son bac, inscrite en candidate libre, en suivant les cours par correspondance du CNED : « je me suis retrouvée à nouveau dans une situation particulière avec ces examens à distance en juin 2020. Comme quoi, on ne sait jamais à quoi s’attendre… » Nous aussi, nous nous sommes adaptées avec courage et persévérance pour aboutir le défi créatif de Green Teens. Le doute, le découragement, le stress se sont invités à tour de rôle… heureusement, l’enthousiasme a toujours été notre clé. Nous vous la transmettons afin qu’à votre tour vous puissiez réaliser ce qui est essentiel pour vous.  A bientôt pour d’autres bonnes nouvelles ! Bel été à toutes et tous… Marine Locatelli, 23 juin 2020  
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D'ENFER LA VOIX

* CHAP 1 *          Je m’ennuyais sérieusement en cours de maths. C’était presque insoutenable. J’étais électrique. J’avais envie de respirer l’air de la pluie qui tombait à torrent. Le tonnerre a grondé. Et des éclairs ont claqué en zébrant l’air. J’aimais ces signes d’un autre monde. J’ai écrit comme par instinct une suite de chiffres dans mon cahier, sans regarder ce que je faisais. La sonnerie de la fin des cours a retenti presque aussitôt. J’ai soupiré, soulagée. Tout ça, c’était peut-être à cause de l’orage. Et puis l’après-midi avait été fatigante avec ses évaluations. Je n’aimais pas ce mot. Evaluation. Est-ce qu’on était juste des valeurs à déterminer, comprises entre 0 et 20 ?! En rouge clignotant avec sirène d’alarme tonitruante pour le zéro. En fluo pailleté avec voix suave pour le 20. Joli tableau. J’ai glissé livre et cahier dans mon sac et je suis sortie comme une bombe. C’était la fin de la journée. Mon ami Noé m’a crié de l’appeler ce soir. J’ai pris le bus pour rentrer chez moi. A la maison, ma mère n’était pas encore arrivée, elle serait bientôt là avec ma petite sœur Emma. Cette année, elle était entrée en cours préparatoire et moi j’avais franchi la passerelle de l’école primaire vers le collège. Ça faisait déjà trois mois. Un grand changement dans ma vie. De nouveaux amis. De nombreux professeurs. Tous différents. Qu’on aime ou qu’on apprécie moins.          J’avais décidé de ne rien faire ce soir, de retrouver Jules Verne sur mon lit et de voyager avec lui en ballon. Ses aventures fantastiques m’embarquaient et me nourrissaient. Mon quotidien basculait dans une autre dimension avec lui. Je ne voulais pas manquer nos rendez-vous. Jules était devenu un pote même si on ne vivait pas dans le même monde et à la même époque. Je ne sais pas pourquoi, j’ai ouvert mon cahier de maths à la page de la leçon du jour. Et j’ai découvert ce numéro inconnu noté plus tôt : 06 000 007. C’était quoi ? Noé m’avait dit de l’appeler. Il avait un mobile tout neuf, c’était son numéro évidemment ! J’ai aussitôt composé les 8 chiffres. Une voix de femme m’a répondu. Je n’ai pas reconnu celle de sa mère. C’était qui ? Une de ses copines peut-être… Pourquoi c’était elle qui répondait alors ? J’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai engagé la conversation. - Bonjour, je suis Eva, Noé est là ? - Ah non, il n’est pas à ce numéro. C’est drôle, moi aussi je m’appelle Eva. - Ah bon ?!? Et le numéro, c’est le vôtre ? - Bien sûr. Depuis toujours. Dingue ! Comment j’avais pu écrire ce numéro ?! Comme ça, dans mon cahier !? D’où il était tombé ?! Sa question a interrompu toutes celles qui défilaient en bazar dans ma tête. - Journée agréable pour toi ? Elle essayait de me retenir maintenant. Sa voix m’apaisait. Et j’ai accepté de lui répondre comme à une amie. - Pas vraiment, j’ai répondu dans un soupir. J’aurais préféré marcher sous la pluie. Ça m’aurait rafraîchi l’esprit. - Je vois... Difficile de rester assis à écouter des adultes vous remplir le cerveau comme si vous étiez des clés USB. - Ça devient carrément déprimant, j’ai osé ajouter. On n’est pas des robots. On a besoin de respirer, s’aérer, être dehors. - S’arrêter pour tout regarder. Apprécier la nature, sa beauté. Rendez-vous avec les arbres, les plantes, les animaux, les pierres, l’eau qui s’écoule. On pourrait presque faire le tour du monde avec deux jambes.          Sa voix me berçait, je n’avais plus envie de raccrocher. - En montgolfière, ça va plus vite. Le record de Jules Verne, c’est 80 jours ! - Génial explorateur ce Jules ! On pourrait sortir du cadre comme lui, repousser les limites et être des pionniers… - J’aurais aimé le rencontrer. Je lui aurais demandé de m’emmener dans son ballon autour de la terre. - Tu le connais déjà à travers ses histoires. Pour l’instant, c’est ta façon de voyager. Et tu peux être une aventurière à l’écoute des signes que tu croises, des personnes que tu rencontres. Aujourd’hui, tu m’as appelée. Si tu avais jeté ce numéro à la poubelle, il ne se serait rien passé… - Match nul, je vous aurais manquée ! - Et on n’aurait rien raconté. La plupart manquent des rencontres, des changements formidables dans leur vie parce qu’ils ne sont pas à l’écoute de ce qui se passe autour d’eux. Ils ont verrouillé les portes de leur cœur. Parce qu’ils ont peur. Les voilà dormeurs éveillés. Souvent très jeunes, trop vite ! Avec des rêves d’enfant oubliés. Rayés de leur carte au trésor. Le monde de l’argent a parfois pris trop de place quand il n’a pas pris toute la place ! - C’est un peu pour ça que mon père ne vit plus à la maison. Il disait toujours qu’il avait besoin de palper ! Gagner plus ! Il avait si peur de manquer d’argent. - Pauvres et affamés sont nombreux, Eva. Mais tu peux faire la différence entre ceux qui n’ont rien ici ou ailleurs, sans eau, sans nourriture et les riches affamés, jaloux, qui courent après le bonheur, l’amour ou le succès, en voulant tout posséder. Le monde matériel a tous les attraits d’un terrible  séducteur. Mieux vaut ne pas tomber entre ses bras. Sous son pouvoir, les riches affamés, ces ogres inassouvis, consomment leur vie.            Je suis restée silencieuse. Je repensais à mon père absent. Petit, il avait manqué de tout, d’amour, de père, pas connu, de mère, noyée dans son travail, pas présente pour prendre soin de lui, et d’argent. Du coup, l’argent était devenu le moteur de sa vie. Ça l’avait rendu agressif, stressé (terrible maladie d’aujourd’hui !) et malheureux. Malgré ça, c’était mon papa et je l’aimais fort. Il apprenait à être heureux avec moi. - Tu es là, Eva ? - Oui, je pensais… Je pourrais vous rappeler ? - Quand tu veux. Je suis toujours là et disponible. - A très vite ! - Bonne soirée Eva et salue ton ami Noé pour moi.            Incroyable ! Elle se souvenait aussi du prénom de mon meilleur ami. Qui était donc cette Eva ? J’ai appelé Noé. Mais je ne lui ai rien dit de tout ça. Parce que c’était un truc vraiment fou. On a simplement échangé quelques mots avant de dormir. On était ensemble à l’école depuis la maternelle. Et je n’imaginais pas ma vie sans lui. Je ne savais pas que ce serait le sujet de ma deuxième conversation avec Eva. Le lendemain soir.   * CHAP 2 *   - Allô Eva !?... Bonsoir… c’est moi la p’tite Eva. - Je t’ai reconnue, tu sais. Ta voix est attristée, la journée t’a bousculée…          J’avais une boule dans la gorge. J’étais très émue. - Certaines nouvelles nous frappent en plein cœur… tu ne peux rien y changer… juste ressentir ce qui s’élève en toi. Et ouvrir l’espace à ta tristesse présente.          Eva savait-elle déjà ce que je voulais lui raconter ? Je ne pouvais rien dire de plus. L’émotion était trop forte. J’ai pleuré. Puis il y a eu un temps de silence.          Et Eva a continué de me parler. C’était comme une respiration pour retrouver du souffle. - Vous vous aimez depuis longtemps Noé et toi. Vous vivez une belle histoire d’amitié. - Mais tout sera fini après les vacances de Noël… On va être séparés… - Non, vous serez juste éloignés l’un de l’autre… c’est très différent. J’étais certaine maintenant qu’Eva savait ce qui me chagrinait. - C’est pas rien un déménagement… Noé dans une autre ville, et moi toute seule ici… - Pour l’instant, vous êtes ensemble. Pourquoi déjà penser à ce qui vient après ?! C’est ce qui te fait souffrir maintenant. Branche-toi au présent. Et recharge ton mobile pour vivre la suite avec joie. - D’accord, et après !? Qu’est-ce que je fais sans Noé, moi ?          Je me sentais sonnée.  - Noé absent, tu pourras ouvrir le coffre à trésors de vos souvenirs drôles et heureux. Même si vous vivez dans deux villes différentes, il sera toujours dans ton coeur. Et vous pourrez vous retrouver. Ta vie est une roue en mouvements toujours changeants. Au gré des saisons, tu vois la nature se métamorphoser. Et tu vis dans ce mouvement des saisons. Tu peux vivre les changements et les événements tristes ou heureux au gré de ce mouvement. Accepter ce qui survient à tout moment.          Je bouillais, elle m’agaçait. En même temps, je sentais que ces mots étaient justes. - Je voudrais surtout que tout continue comme avant….  - Aïe-Aïe ! Tu te mets le doigt dans l’œil ! Et ça te donne des bleus au cœur de t’accrocher à ce que tu veux garder, sans rien vouloir lâcher. C’est le moment de soigner l’enfant qui crie en toi « j’ai mal ! ». Et pour le soigner, tu peux le câliner, l’aimer et essayer de vivre les changements comme un défi pour grandir. Allez, secoue tes émotions ! Regarde-les bien, reconnais-les, mets de la couleur dessus, et crie très fort que tu es vivante ! Donc, pleine d’émotions, des tristes, des gaies, des petites, des grandes... C’est un vaste champ d’expériences.          Sa voix tonnait presque comme le tonnerre. Elle était forte, elle me donnait du courage, sans me faire mal. Avec Amour. - Merci, tout plein ! j’ai crié.          Et j’ai raccroché. J’étais étonnée, je me sentais mieux, presque légère. C’était grâce à elle. Et je suis sortie pour un tour de vélo.            Le lendemain à la sortie du collège, j’ai donné le numéro d’Eva à Noé. Je ne pouvais plus le garder pour moi toute seule. Et comme mon ami avait un peu peur, il a composé le numéro devant moi. La voix dans le mobile n’était pas celle d’Eva. C’était une voix d’homme jeune. Bizarre, non ?!   - Allô ?!… euh… bonjour m’sieur… euh pardon, j’ai fait une erreur… - C’est ce que tu crois. Salut Noé ! - Comment vous savez que c’est moi ? - Eh bien, c’est ton amie Eva qui t’a donné ce numéro ! C’est grâce à elle qu’on peut se parler…          Noé m’a regardée avec de grands yeux ébahis. Il ne comprenait plus rien, il est resté bouche bée. - Cool, Eva ne te mène pas en bateau. Moi non plus. Je suis simplement au courant que tu déménages bientôt et que ce n’est pas si simple. Allô, tu m’entends ? Tu es là ?! - Oui, oui… euh… je suis bien là… - Bon, on parle un peu de ce déménagement ? C’est quoi qui te tracasse au juste ?          La voix masculine mettait peu à peu Noé en confiance, comme Eva l’avait fait avec moi. - C’est à dire que… le déménagement, c’est à cause de mon père. Il a perdu son job et il va commencer autre chose de nouveau. Mais ma mère se demande si c’est bien de partir maintenant… Parce que si ça ne se passe pas bien pour lui… - Et pourquoi ça se passerait mal ?! - C’est ma mère qui s’inquiète. Elle a toujours peur qu’on rate quelque chose… - Ah, voilà où ça coince ! Tu sais, on rate quelque chose quand on n’est pas à sa place. Et ce n’est pas un drame. Mais pour savoir si on est à sa place, tu dois prendre des risques. Parce que si tu restes bras croisés sans rien tenter, l’ennui te guette.  Tu dois donc tenter ta chance. Ton père, il décolle avec ce nouveau job. Il est sur une piste d’envol, différentes destinations s’ouvrent à lui. En choisissant une autre piste, de nouvelles destinations se présentent. Le saut dans l’inconnu, ça peut faire peur. Mais on est si bien après quand on a franchi l’étape. On se sent plus fort pour vivre la suivante. Car c’est un grand jeu exaltant. Dis-moi, quel sport tu pratiques ? - L’aviron. Et c’est ce que je préfère. D’ailleurs c’est drôle, là où je déménage, j’en ferai plus facilement qu’ici ! - Formidable ! Tout ça grâce à ton père qui change de job ! Tu vois, ça t’ouvre d’autres portes à toi aussi. Quand tu vas de l’avant, tu as sans cesse des perspectives inédites qui te sont offertes. C’est à toi de les saisir.          Noé avait un sourire radieux. Ça me faisait chaud au coeur son appel à l’inconnu du numéro magique. - Je m’en souviendrai M’sieur. Merci. - Au revoir Noé. Et avant de penser à déménager, vis joyeusement ton présent avec ton amie Eva.          Et Noé a coupé la communication. - Incroyable ton numéro ! Je me demande qui j’avais au bout du fil… Pourquoi c’était pas la même voix que toi ? - Quelle importance après tout ! On a eu les réponses à nos questions. - C’est vrai, mais tu sais aussi que je suis plus curieux que toi. Avec qui j’ai parlé ?… Ce n’était pas un voyant parce qu’il ne m’a pas parlé de mon avenir ! - Pour le savoir, on pourrait leur donner rendez-vous. Et je n’ai pas envie de cette rencontre… On peut se parler, on est relié par la voix, ça suffit comme ça… - Relié par la voix… c’est drôle que tu dises ça… - Pourquoi ? - Je ne sais pas, je ressens juste ce que tu as dit. Ça m’interpelle…            Noé m’a fait promettre de ne parler à personne de notre mystérieux numéro. Combien de temps je serais capable de tenir ce secret ? J’étais plus bavarde que lui…     * CHAP 3 *            Quelques jours plus tard, notre amie Lili nous a appris la mort de sa grand-mère. Lili était très triste car elle l’aimait beaucoup, elles étaient très proches l’une de l’autre. Le plus dur, c’était pour sa mère car elle était enceinte depuis trois mois. Lili nous a expliqué qu’elles vivaient ensemble la vie et la mort en même temps. Lili était bouleversée. Et elle se demandait comment le bébé ressentirait le chagrin de sa mère. Je la sentais si désemparée qu’après réflexion, j’ai décidé de lui donner le mystérieux « 06 ». J’en ai parlé à Noé bien sûr. Nous devions dévoiler le secret qui nous liait. Il était d’accord si j’assistais à la conversation. Et j’ai eu une drôle d’idée qui a vraiment plu à Noé. Désormais, le numéro de « 06 » serait celui de notre « psy » des émotions. Notre intuition nous disait que la voix qui répondrait serait encore différente… On était impatient de le savoir. Lili a été enchantée d’apprendre qu’elle pouvait appeler « notre psy 06 ». Il faut dire qu’on lui en avait dressé un portrait dithyrambique ! Amusant ce mot « dithyrambique », non !? Ma petite sœur n’arrivait toujours pas à le prononcer correctement et le déformait en « ditambique, tarambique » et moi je lui répondais par jeu « alambique » ! Et on éclatait de rire.   - Allô ?!... Bonjour madame. Je suis Lili, l’amie d’Eva. - Bonjour. Moi, c’est Liliane. - Ah, c’est trop fort ! C’était le prénom de ma grand-mère.          Il y a eu un silence. J’ai cru que Lili allait pleurer. Elle a esquissé un sourire, émue. - Liliane, ce n’est pas très loin de lilas… dit l’inconnue. - C’étaient les fleurs préférées de ma grand-mère ! Surtout les mauves… - Les lilas embaument l’air quand le printemps s’achève… et l’été souffle dans leurs branches son envie de revenir… - Ma grand-mère est née à la fin du printemps justement… Et ma p’tite sœur va naître à la même période… J’aurais aimé qu’elles se connaissent toutes les deux… - Ça peut paraître fou ce que je vais te dire, mais elles communiquent sans doute ensemble en ce moment… - Ah bon ?!? Comment c’est possible ça ?  Lili était interloquée. - Parce que le bébé dans le ventre de ta mère est relié au Monde d’en Haut où est repartie ta grand-mère. Leurs âmes peuvent ainsi entrer en contact et communiquer… sans se voir en chair et en os, elles se connaissent par leurs énergies. Les bébés ne peuvent pas nous raconter à la naissance les voyages de leur âme entre là-haut et ici-bas, mais il se déroule des choses très mystérieuses pendant toute la grossesse… Imagine des flocons d’énergie colorés dans l’univers, ce sont les âmes des vivants qui viennent vivre sur Terre. Aucun flocon n’est identique, chaque âme est une énergie différente. Et tous les flocons réunis créent une source d’énergie fantastique…            Nous écoutions Lili et moi, presque abasourdies. Tout cela nous paraissait irréel. Et très fou aussi ! Je l’avoue. - Quand tu vis sur Terre, tu sais qu’un jour, tu vas repartir. Mais tu ne sais jamais quand tu repars. Jeune ou âgé, tu t’en vas. C’est comme ça. La mort fait peur à la plupart des vivants. On n’en parle pas en Occident. Pourtant, la vie et la mort sont amies. L’une ne vit pas sans l’autre. C’est quoi pour toi la mort, Lili ?          Lili m’a regardée, embarrassée. - … Euh… un corps tout froid comme celui de mon hamster quand je l’ai retrouvé endormi pour toujours dans sa cage.          Un silence. - … C’est aussi l’âme qui s’envole ! a rajouté Lili. Mais est-ce qu’elle est libre d’aller où elle veut quand elle quitte le corps ? -  Oui sans doute, aussi fou que cela en a l’air ! Et la mort est un passage. Lorsque tu viens à la vie, tu franchis une porte, lorsque tu meurs, tu franchis la même porte dans l’autre sens. Tu me suis ? - Ça paraît simple quand vous le racontez comme ça… - Les humains compliquent tout. Tu sais, tu viens sur Terre expérimenter la vie. Ton âme veut vivre des expériences. Lorsqu’elle a vécu ce qu’elle doit vivre, elle peut repartir. Et ce n’est pas une question d’âge. C’est le plus difficile à accepter… Personne n’a envie de perdre un enfant, une maman ou un papa. Presque tous le vivent comme une injustice. Pourquoi nous ? En Asie, la plupart sont heureux d’avoir partagé un temps de leur vie avec l’âme qui s’en va. Ils acceptent ce qui vient car ils ressentent que tout est impermanent. - Et comme ça, ils souffrent moins aussi ! - Et ils vivent vraiment dans le présent sans faire sans cesse des plans sur la comète. C’est si agréable de vivre ce qui vient, se laisser porter par les vagues de la vie. Ses courants sont inattendus. Ta mère va bientôt donner la vie alors qu’une autre s’en est allée. Ainsi se danse le grand bal ! Tu as vécu de beaux moments avec ta grand-mère, bientôt tu pourras la présenter à ta petite soeur sur les photos de famille. Elle sera toujours vivante pour vous dans votre cœur. - Ah, vous êtes une fée Liliane ! Merci de tout cœur !          On a entendu un rire complice dans le mobile. Et si c’était vrai ?! Et si les inconnus que nous appelions étaient des fées ou des elfes ? Je n’avais pas pensé à cette éventualité. Et voilà que Lili l’avait évoquée.          Quand j’ai raconté à Noé tout ce que Liliane avait dit à Lili, il a finalement regretté de ne pas avoir écouté notre conversation. Mais pour lui, nous ne discutions pas avec des fées ou des elfes, c’étaient des humains comme nous.               Ce numéro était peut-être même le standard d’une association spécialisée en communication pour les enfants qui rencontraient des problèmes dans leur vie quotidienne. Et j’avais tout simplement recopié ce numéro sans y prêter attention ou en sachant très bien ce que je faisais. Noé mettait ma parole en doute ?! Je ne l’ai pas accepté, ça a dérapé, on s’est disputé. Le problème, c’est que je n’avais aucune explication logique à toute cette histoire invraisemblable. Et je n’osais pas demander à Eva qui elle était.   * CHAP 4 *            J’ignorais Noé depuis plusieurs jours. Lui aussi m’évitait. On jouait au chat et à la souris sans fromage à partager. Un matin de plus, on se tournait le dos dans un couloir du collège en attendant notre professeur d’anglais devant la salle de cours « Shakespeare ». Ça m’avait toujours fait sourire toutes ces portes du collège sur lesquelles étaient affichés les noms de personnes devenues célèbres grâce à leurs talents. Avec leur portrait en prime. On déambulait dans une galerie de musée. Et la directrice du collège, Madame Michèle Ange, était une femme à part qui aimait son labyrinthe. On la voyait s’arrêter devant le portrait d’une porte en soupirant. Elle s’occupait personnellement de dépoussiérer chaque célébrité. Et le nom de l’illustre personnage présent sur chaque porte devait être le reflet de la matière enseignée dans la salle. Elle vérifiait d’ailleurs chaque jour si les salles étaient dignes de leurs inventeurs pour nous recevoir. Elle avait un grain de folie, c’est sûr. On en jouait parfois. Et Lili ne s’en est pas privée ce jour-là en nous interpellant Noé et moi. - Vous êtes nulles ! Really stupid !!! Et elle nous a jeté un regard déçu. - Il vous reste combien de temps à vivre ensemble, hein ?! Vous n’allez pas pourrir l’ambiance de la classe comme ça jusqu’à noël ?! Demandez donc à Shakespeare de vous écrire une vraie scène de rupture ! Ou le « BIG LOVE » comme au cinéma !          Elle se moquait de nous en ironisant. Et j’avais honte. Je ne savais plus par quel bout reparler à Noé qui faisait semblant de ne plus me voir. - Te mêle pas de ça, d’accord ! lui a répondu Noé agressif. On ne t’a pas sonnée Lili la tigresse !          Elle s’est éloignée aussi sec. En réponse, le mobile de Noé a sonné dans son sac. Pourtant il était éteint. C’est ce qu’il m’a raconté ensuite.          Comme Noé ne répondait pas, la sonnerie a retenti plus forte. Embarrassé devant les copains qui lorgnaient sur lui comme s’il avait commis une gaffe énorme, Noé s’est vite éloigné en attrapant son mobile pour répondre. Règlement formel de la direction : les portables sont éteints dans l’enceinte du collège. Heureusement pour Noé, aucun surveillant à l’horizon. Et notre professeur d’anglais tardait à venir. J’ai suivi Noé du regard, curieuse. Je l’ai vu écarquiller les yeux et il m’a fait signe avec insistance d’approcher. Il m’a entraînée vivement par un bras jusque dans la salle d’Alexander Graham Bell. Oui, l’inventeur du téléphone en 1876. Lui-même, en personne. Enfin ce n’était pas sa voix dans le mobile de Noé !          Dans notre dos, ça sifflait, rires et commentaires fusaient. - Hé, mais il est pas bien Noé !!? Laisser son mobile en veille… - Il va être collé à cause d’Eva… - Elle attendait que ça ! Retrouver son Noé… - Ben lui aussi ! Sans elle, il est paumé… - Et qu’est-ce qu’ils traficotent ensemble ?!... - De quoi je me mêle ?! Jaloux, c’est ça ?!! a rétorqué Lili indignée afin de leur clouer le bec.          Et comme des pas retentissaient au bout du couloir, sans doute ceux du professeur d’anglais Madame Grey, les conversations se sont tues.          Noé était interloqué. C’était la voix du jeune inconnu qui lui parlait. - Je ne t’aurais jamais appelé si tu ne m’avais pas invité par la pensée ! - Moi ??! Mais je n’ai jamais fait ça ! Je sais même pas le faire ! - Tu es sûr ?!! De quoi tu as rêvé cette nuit ?          Noé m’a regardée silencieux, en rougissant un peu. - Ne me dis pas que tu as déjà oublié !? Je ne te croirai pas de toute façon ! Et puis ton amie Eva peut tout entendre, elle est concernée. Alors ?!          Noé s’est raclé la gorge avant de répondre. - J’ai… J’ai fait un rêve étrange… J’étais sur une plage au bord de la mer, un jour de pluie. Tout seul. Enfin, vous étiez près de moi, mais je ne vous voyais pas. Je sentais juste votre présence. Vous étiez vraiment là. Je faisais des ricochets avec des galets. Et je les ratais tous. Je me sentais de plus en plus petit. Pas fier de moi. Et puis Eva est arrivée avec son sourire. La pluie s’est arrêtée. Les nuages se sont écartés, le soleil a brillé. Sauf que j’étais encore très énervé… et je suis reparti sans rien lui dire. Je l’ai laissée seule face à la mer. Dans le silence. Elle m’a appelée, mais je ne lui ai même pas répondu… Je me suis réveillé avec l’écho de sa voix dans la tête… Et je ne me sentais pas très bien… - Et tu as une idée du message de ton rêve ?          Noé m’a souri, mal à l’aise. En même temps, j’ai senti qu’il était soulagé de retrouver son sourire pour moi. - C’était le moment de se parler… Et je l’ai laissé passer parce que mes pensées ont décidé à ma place. - Pas besoin d’être sorcier. Il t’a juste manqué un balai pour les écarter ! - Ouais, ça m’a pris la tête !          Le mobile de Noé a clignoté comme un spot bleu fluo en émettant les sons d’un flipper quand tu as gagné une partie. Noé a manqué de lâcher son portable en sursautant. On était sidéré tous les deux. - Bravooo ! Pas la peine de me lancer des fleurs, heureusement je suis venu me mêler de vos salades ! Y avait vraiment de l’eau dans le gaz. Tout baigne, c’est à vous de reprendre le fil de votre amitié… Salut les enfants !                   Et l’inconnu a raccroché de l’autre côté avant même que Noé n’ait rajouté un mot.  Son portable a cessé de clignoter, il est redevenu sagement muet. Brave bête, quoi ! - Je ne connais toujours pas son prénom !  - Tant pis. Tu sais au moins que c’est « notre psy 06 »… - Avec des voix changeantes… En fait, c’est une agence de casting. Un comédien différent pour chaque appel. - On nage en plein mystère… - Tant qu’on ne s’y noie pas !          J’ai été autant étonnée que Noé en sortant dans le couloir. Le cours d’anglais n’avait pas commencé et le CPE informait la classe que nous étions libres. Il s’était pourtant écoulé un certain temps. Lili s’est précipitée vers nous, visiblement toute contente. - Chouette, Madame Grey est absente !          J’ai échangé un regard avec Noé qui en disait long. - Tu crois que « 06 » y est pour quelque chose ? m’a-t-il demandé. - Je ne sais pas… tout est possible…          Pendant l’heure suivante au CDI, Noé m’a assuré qu’il avait bien coupé son portable comme chaque jour avant d’entrer dans le collège. J’en ai déduit que la voix avait su jouer avec les ondes même si cela paraissait complètement fou car elle souhaitait nous voir réconciliés. Ça la rendait heureuse comme nous. Et Noé a rajouté amusé que « notre psy 06 » avait peut-être même des plans secrets pour nous… Il avait sans doute raison. Nous avions déjà aidé Lili. C’était à nous maintenant de construire la suite de cette aventure abracadabrantesque. Mot pas trop fort pour ce qu’on vivait. Désormais, nous serions les messagers des voix, ceux qui flairent les ennuis ou la souffrance des copains. Nous n’imaginions pas une seconde où cela nous entraînerait...   - Tu veux qu’on joue les bons génies, c’est ça Eva !? - Exactement. En toute discrétion. Et ça va marcher, tu vas voir, avec « notre 06 » magi-quissime ! Mieux que la lampe d’Aladin !            Dès le lendemain, nous prenions nos nouvelles fonctions au collège. Et personne ne s’en doutait. On avait trouvé un nom d’enfer : « CLASS ANGELS ».   * CHAP 5 *            Les noms de la classe défilaient sur l’écran d’un ordinateur dans la salle du cours de technologie. On avait achevé nos exercices et on cherchait en cachette qui serait celle ou celui que les « CLASS ANGELS » soutiendraient.         Comme si nous nous étions concertés, notre choix s’est arrêté sur Jules. Orgueilleux et toujours ailleurs. Mal vu des professeurs. Collé déjà deux fois. Pas de chance ! Noé avait perçu que Jules en avait ras le bol ; il était prêt à sécher les cours. Si on ne lui donnait pas un coup de pouce maintenant, il risquait de redoubler et ça, son père ne l’accepterait pas. C’était un grand homme sec, scientifique et rationnel. Fan du physicien Stephen Hawking. Toutes ses recherches concernaient le cerveau. Jules nous avait dit que son père voulait faire la découverte du XXIe siècle pour sauver les adultes de leur mal être permanent. Et à notre époque d’esprits stressés, c’était un défi remarquable !          On a éclaté de rire et le prof de technologie qu’on avait surnommé « Mr. Hyde Tech »  nous a regardés en fronçant les sourcils. On était d’ordinaire très calmes. On ne faisait jamais de vagues. Ouf, la sonnerie nous a sauvés. Et toute la classe nous a charriés en sortant. - Ah, ça brûle les feux de l’amour… - On vous laisse en tête-à-tête avec le prof de maths pour le cours d’après !!? - Hé, c’est quoi votre programme ciné mercredi ? Titanic ?! - Pensez à une bouée pour deux surtout !            A l’interclasse de 10 heures, Noé a traficoté son portable et il a laissé un bref message à « 06 » pour Jules. Et très vite,  « 06 » a rappelé. Jules se trouvait évidemment dans les parages, Noé lui a glissé le mobile entre les mains. Notre plan fonctionnait comme sur des roulettes. - Réponds, s’il te plaît ! Les toilettes, ça urge !          Et Noé s’est éloigné en courant. Je m’étais rapprochée un peu de Jules. Comme ça, je pourrais entendre quelques bribes de la conversation.   - … Allô, oui ?!... - Jules !? - C’est moi ! a répondu Jules stupéfait. Mais… je suis peut-être pas le bon Jules ?! Lequel vous voulez d’abord ?... - Tu es bien le copain de Noé ?! - Je dis pas le contraire. - Alors on a bien rendez-vous maintenant. - Avec moi ?! s’est-exclamé Jules abasourdi. Et qu’est-ce que vous voulez au juste ? a-t-il demandé méfiant. Vous êtes de la police ? - Pas du tout, rassure-toi. Je ne fais aucune enquête, ni au collège, ni ailleurs. - Pourquoi vous voulez me parler alors ? Jules était vraiment sur la défensive, prêt à raccrocher. Ça me crispait. - Je sais juste que tu détestes les contrôles en classe. Tu ne supportes aucune question. Ça te met dans un état grave. D’ailleurs je sens que tu pourrais te transformer en affreux HULK… Je t’en pose une seule : tu t’es déjà demandé pourquoi ?            Il y a eu un blanc. Puis Jules a esquissé un sourire joueur. Ça y est, la mayonnaise prenait. Tant mieux. J’ai soufflé.   - C’est vrai, je déteste les questions. Mon père m’en pose une tonne à la maison. Je suis sans arrêt testé sur mes connaissances. J’ai l’impression d’être traqué comme une bête intelligente. Jugé aussi. Fatigant ! - On peut vraiment vivre autrement ! - Si vous avez une recette, je suis preneur ! - OK d’acc, c’est aussi simple que monter des œufs en neige. Lorsqu’une question de ton père t’ennuie, réponds-lui par une autre comme une devinette amusante. Joue avec ta spontanéité. Car tu es formidable ! Tu vas désamorcer la situation qui te contrarie. Et peu à peu, ton père va te laisser une paix royale. Difficile d’accorder sa confiance quand on ne se fait pas confiance. C’’est une spirale infernale ! - Comment on s’en sort ? - Tu peux dès à présent porter attention à tes pensées, à tous les trucs et les histoires que tu te racontes sur le passé, l’avenir, sur les autres. Observe vraiment tes pensées comme tu regarderais un poisson rouge dans son aquarium ou les flammes d’un feu dans la cheminée. Tes pensées sont changeantes comme la danse des flammes ou les contorsions du poisson. Tu peux chasser les négatives vite encombrantes et perturbatrices. Et éviter les maux de tête ! - Tip-top, c’est scientifique votre programme ! Quand on fait des recherches, on expérimente, on observe ce qui se passe pour découvrir quelque chose. C’est pareil avec votre truc des pensées ! Je vais essayer. - Plus tu vas pratiquer ce jeu d’observation, plus tu vas te sentir libre d’agir. Et petit à petit, tu navigueras en vrai capitaine de ton vaisseau, de toi-même avec tes pensées. Plus tu vivras avec des pensées positives, mieux tu avanceras sur ton chemin personnel. - Vous faites ça depuis longtemps, tous vos exercices avec les pensées ? - Oh, je ne compte plus les années… - Et vous êtes papa aussi ? - Je ne compte plus mes enfants d’âges très différents !            Un éclat de rire a retenti si fort dans le mobile que je l’ai entendu comme si j’étais juste à côté. C’était si communicatif que Jules a eu du mal à se retenir. Et moi aussi. Je me prenais au jeu excitant de ces rendez-vous téléphoniques. J’avais l’impression d’être comédienne dans un film qui se tournait sans avoir été écrit. L’histoire se construisait au fil des conversations. Elle formait un puzzle imaginaire dont les pièces s’agençaient les unes dans les autres au fur et à mesure. Une fois le puzzle achevé, qu’est-ce qu’on découvrirait ? J’étais curieuse de connaître la suite de cette aventure inhabituelle, pas impatiente. Car je savais qu’en arrivant à la fin, ce serait bien fini ! Il ne serait plus possible de revenir en arrière parce que tout aurait été écrit. Je préférais me laisser porter par ce qui surviendrait. Enivrant, non !?! - Je crois que j’envie vos enfants. Ils ont la chance d’avoir un père comme vous !  a confié Jules à son interlocuteur. - Toi aussi tu es chanceux avec le père que tu as. Tes difficultés avec lui, c’est une pincée de piment pour te permettre de grandir. Si c’était trop facile, tu t’endormirais comme un gros ours. Ton père rêve de sauver l’humanité. Il a d’abord besoin de prendre soin de lui pour découvrir quelque chose de fantastique pour tous. Avec une touche d’amour et de bienveillance. - Ben y a du boulot alors ! Et Jules s’est mis à rire. - Toi aussi, tu as encore du boulot qui t’attend. Je sais que tu aimes les jeux virtuels, ça t’étourdit de plonger dans ces univers fantastiques. Tu vis des aventures incroyables et dangereuses lorsque tu pousses la porte de ces mondes inventés par d’autres. C’est à toi de te rendre compte du temps que tu vis dans ces mondes fabriqués. Car c’est un labyrinthe de sensations qui t’entraîne à en vouloir toujours plus. Tu aimes inventer des histoires, tu serais un excellent créateur de jeux toi aussi. Attelle-toi à ce qui te tient à cœur. En allumant les étincelles créatives qui sont en toi, tu vas déclencher un feu d’artifice. Sois l’inventeur que tu rêves d’être en restant connecté à la Nature, au vivant qui t’entoure !            Jules ne disait plus rien, il était ému, au bord des larmes. Et moi aussi, j’étais troublée. - Vous lisez dans mes pensées aussi ? a demandé Jules ébahi. - Ça ressemble à ça, mais je ne manipule pas les esprits… C’est à chacun de jouer avec son esprit… - Et avec ses pensées ! a rajouté Jules par jeu.                   A nouveau, les rires ont fusé dans le portable avant les bips de fin de communication. Jules a vu alors Noé venir à sa rencontre. - Je ne savais pas que tu circulais dans les sphères virtuelles ! - Moi !?? a fait Noé avec innocence. Pas du tout ! - D’où tu tiens ce numéro incroyable ? - Ah ça, c’est un secret que je partage seulement avec Eva !          Je me suis avancée, heureuse d’être la complice de Noé qui m’a prise aussitôt par le bras. - Ah, vous faites une paire terrible ! a dit Jules. Vous me donnez peut-être un indice ? - Rien du tout ! ai-je répondu. C’est top secret ! - Vous me refilez quand même le numéro ? - Evidemment ! a dit Noé en lui tendant un bout de papier sur lequel il l’avait écrit rapidement. Sinon on ne s’appellerait pas les « CLASS ANGELS » ! - Les « CLASS ANGELS » ?!? C’est votre mot de passe ?                      - Plutôt le nom de notre duo de choc. Et j’avais une pointe de malice dans la voix. - Dès qu’un ado a un souci, une question délicate dans sa vie, on agit avec l’aide de notre « 06 ». Tu peux en parler autour de toi. - Waouh ! Vous m’impressionnez là ! Vous allez faire fureur en psys du collège ! - Nous ?!? Mais pas du tout ! Tu as remarqué, on est juste des intermédiaires. On crée le fil entre toi et la voix, c’est tout ! - C’est déjà beaucoup !          Sur ce, Lucas, un grand adolescent de troisième nous a rejoints en affichant un air ennuyé. - Je peux te parler un instant Jules ?          Il nous a regardés Noé et moi comme si nous étions de trop. - Je préfère un tête-à-tête… - Si ça concerne un problème, autant en parler devant mes amis Lucas, ils savent régler les pépins des autres mieux que des génies ! Ce sont des « CLASS ANGELS » ! Et Jules nous a décoché un clin d’œil complice. Lucas n’avait pas l’air d’apprécier. - Je ne vais pas étaler la vie de Fred ! - Ah, parce qu’il s’agit de Fred ?! a répondu Jules soudain soucieux.          Et il a emboîté le pas à Lucas qui ne tenait pas à rester avec nous. - Ouais ! Il déconne plein pot ! a-t-il dit à mi-voix. Il va se faire virer si ça continue…            J’avais l’ouïe fine d’un félin. Et j’avais flairé un nouveau cas pour nous, les « CLASS ANGELS ». Ce qui a suivi m’a donné raison, même si c’était éprouvant. Se mêler de la vie des autres n’est pas sans risque !     D'enfer la voix, roman feel-good ado 10/14 ans, Bookelis 2020, livre numérique dès le 17 avril. Le livre papier paraîtra un peu plus tard, lorsque les librairies portes grandes ouvertes nous accueilleront avec joie. Vous pouvez aussi le commander directement sur la librairie Bookelis, dès à présent : https://www.bookelis.com/librairie    
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Toutes les couleurs de la Terre

"Toute les couleurs de la Terre, Ces liens qui peuvent sauver le monde"  Co-auteurs : Damien Deville (franco-burkinabé, géo-anthropologue et écologiste engagé pour la diversité des territoires) et Pierre Spielewoy (juriste en droit international et doctorant en anthropologie du droit au Muséum national d’histoire naturelle), TANA Editions. Toutes les couleurs de la Terre se lisent comme un voyage exploratoire autour du monde, dans nos territoires assoiffés de nature, de jardins potagers, dans les mémoires de villages oubliés et abandonnés des Cévennes, dans les villes qui étouffent d’être séparées et coupées du vivant, avec des humains éloignés des animaux et de leurs instincts, de l’intelligence animale capable d’apporter des solutions concrètes quand un problème bouleverse son territoire. Les animaux exercent leur agentivité et nous surprennent en agissant sur le monde. Malheureusement les humains sont souvent indifférents aux émotions animales alors que les animaux sont aussi sensibles que nous. Monde où l’absence d’empathie crée trop de souffrances. L’écologie relationnelle en société que Damien Deville et Pierre Spielewoy nourrissent de leurs recherches se déploie tout au long de ce livre à travers nos rapports au vivant et comment nous avons transformé nos territoires, comment nous avons sacrifié et effacé une diversité millénaire au nom du capitalisme. L’écologie relationnelle est essentielle pour affronter l’avidité humaine sans limites, qui pense toujours en terme de capital.    Gouache et collage de Florane   L’exploration de Damien Deville et Pierre Spielewoy  se tisse autour de la rencontre avec l’autre, l’humain ou le non humain, de l’Australie à l’Occident, en traversant l’Afrique. Sur tous les continents, des liens à tisser et renforcer pour se sentir vivants, prêts à changer le cours de la vie, pour plus de présence et de respect. Assez de l’hégémonie occidentale, comme si nos modèles avaient vocation à être universels.  « La fin des colonies marque une autre forme de mainmise dont la violence est insoluble : la domination des idées occidentales sur la diversité des façons de vivre et de penser les sociétés ».  La Côte d’Ivoire en est un exemple. Transformée par l’économie du cacao dans les années 1970, elle a malheureusement sacrifié l’espace nécessaire à la production de céréales et de légumes indispensables à l’alimentation quotidienne. Et la perte de ses forêts a des conséquences sur le climat comme dans d’autres pays. Les éléphants ont aussi été décimés.   Comment dès lors habiter la Terre et apprendre à partager ?  Partager la nourriture, les espaces, la vie entre humains et non humains.  Comme hier « on savait être solidaire en Afrique. La nourriture était toujours partagée. Des plus riches aux plus pauvres, tous se protégeaient et évitaient les processus d’isolement et de trop grandes inégalités entre eux. » Comment recréer et tisser du lien avec le vivant, entre nous ?  Aujourd’hui, « les jeunes voyagent énormément, mais sans réellement prendre le temps de s’imprégner des lieux visités, ils décuplent les expériences professionnelles et participent à plusieurs entreprises à la fois ». Frénésie du toujours plus, d’une consommation inconsciente, d’un voyage comme d’un menu vite oublié. Il manque cruellement un cheminement intérieur.  Avec quelle conscience pour la vie agissons-nous ?  « Tout être est de lumière », écrivent Damien et Pierre.  En Australie aux abords des villes, les koalas sont victimes de la circulation automobile. Aussi pour leur sécurité, ils se retrouvent déplacés dans des espaces naturels clôturés comme de vastes zoos. Les koalas souffrent malheureusement de consanguinité dans ces espaces fermés et les conflits éclatent entre eux. Pourquoi créer des prisons en pleine nature quand les koalas ont besoin de construire leurs propres espaces et structures d’émancipation, même en zone périurbaine ? Les espaces terrestres ne sont pas la propriété des humains. Nous vivons séparés des koalas sans imaginer que nous pourrions réunir nature et culture.    Selon le paysagiste Gilles Clément, « les jardins ont toujours été de petites parenthèses où le lien peut indéfiniment se reconstruire. »  Qu’attendons-nous pour créer des jardins-potagers, des vergers dans nos communes et nos villages, en ville ou à la périphérie des villes, afin de nous relier aux autres et de nous nourrir avec des produits locaux et de saison ? Nous pourrions créer des liens intergénérationnels forts, égrener de la vie au fil des jours, nous soutenir dans un monde où notre humanité s’effiloche pour des individualités égoïstes. Rendre enfin au vivant la place qu’il mérite en nous permettant de créer du lien entre nous. « Vivre dans un territoire est un art nourri des relations que nous tissons avec lui. » Comment ne pas être touché par la tomate que décrivent Damien Deville et Pierre Spielewoy, cet éveil des sens avec un goût prononcé pour la saveur de vivre pleinement ?  « La dernière tomate est extrêmement symbolique. La cueillir est un moment tant apprécié, que redouté, car elle livre en bouche les saveurs suaves d’une chair tendrement sucrée, et elle offre à l’odeur un doux parfum de nostalgie. La déguster devient alors une cérémonie, une ode à la vie, la conclusion d’un cycle. (…) La dernière tomate mangée indique que l’été vient de s’achever. ».  Cette célébration de la tomate est un acte de pleine conscience, de reliance à la Terre, au jardinier, aux valeurs de nos vies.  Combien d’entre nous aujourd’hui plantent arbres et fleurs, graines de potager, en prenant soin des jardins de la vie avec amour, lenteur et patience ? Car tout demande du temps. « Les jardins sont des chemins de traverse où l’on prépare quotidiennement des réponses aux problèmes de l’existence. » Les arbres aussi sont nos maîtres de sagesse. Les conteurs les retrouvent pour réunir une assemblée d’enfants, des familles, des humains de tous âges pour partager légendes, conversations et palabres à l’ombre de leur feuillage.  « L’arbre millénaire renvoie l’image d’un sage vénérable, dont la barbe de feuilles invite au respect et à la compréhension d’un temps noble et prodigieux, d’un temps dont les sociétés contemporaines pourraient s’inspirer pour concevoir leur rapport à ces êtres silencieux et veiller à préserver leur belle santé. »   En se rapprochant de la fin de ce livre si coloré par la diversité de sa géographie et des liens qui nous rendent vivants, une place est ouverte au cinéma et à ses grands mythes (Avatar, La planète des singes) pour nous rappeler combien il est précieux de vivre en harmonie avec la nature et tous les êtres vivants. Oserons-nous sauter dans l’inconnu et tisser de nouvelles relations avec plus d’humanité auprès des mondes humains et non humains ? Car c’est en ouvrant nos cœurs à la différence et à l’acceptation de l’autre, que nous pourrons vivre ensemble en appréciant et respectant tous les êtres. Souhaitons que Damien et Pierre soient des chercheurs écoutés parce que leurs jeunes voix sont porteuses d’un futur éclairé et empreint de compassion. Marine Locatelli, 9 mars 2020.  
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2020 COMPTE DOUBLE

2010. Chaîne de l’Himalaya. Vol vers Paro, Bhutan. Les danses sacrées ont guidé mes pas, ceux de ma petite fille Laurena… rituel inoubliable, empreint de paix. Dix ans plus tard… Laurena sourit avec ses 20 ans.    Et 2020 compte double. Puissent la stabilité et la force de cette puissante montagne sacrée être votre ancrage au gré de cette nouvelle année et dans la décennie annoncée. Je nous invite à tenir de profonds engagements pour préserver tout le vivant, transmettre des valeurs de compassion, d’humanité, d’entraide, d’amour aux enfants et aux adolescents pour une société plus altruiste. Etre engagés ensemble avec le tranchant de la lame de l’obsidienne. Comme les moines danseurs, tambourineurs de Dramitsé, chassent démons et mauvais esprits avec les lames de leurs poignards, en protégeant le public présent.     Que 2020 vous accompagne avec cœur comme une amie sincère et authentique, Très Bonne Année ! Avec un bouquet de fragrances d’Amour, de Douceur, de Joie.